QI GONG 2009 A TAÏWAN
UN DÉPLACEMENT D’ÉNERGIE

L’association LES 5 ANIMAUX organisait un voyage d’étude du Qi Gong de 10 jours à Taipei –capitale de la République de Chine, sur l’île de Taïwan- pour un groupes de 10 personnes, regroupant des pratiquants expérimentés comme des débutants. Nous sommes allés à la rencontre d’un expert local qui devait nous enseigner une forme de Wu Qin Xi, le jeu des cinq animaux,  un classique du Qi Gong. Rendez-vous est pris lundi 06 avril à 5h45 à l’aéroport de Toulouse-Blagnac, direction Taipei via Paris CDG.

Le conflit politique qui oppose la Chine Populaire et la République de Chine où nous nous rendions, oblige les avions reliant Paris à Taipei à faire un très large détour au-dessus du continent eurasiatique, afin d’éviter  le  survol du territoire chinois qui leur est interdit.

Le temps de vol s’en trouve évidemment sensiblement rallongé, avec en contrepartie l’exotisme des paysages découverts par les hublots de l’appareil : nous survolâmes ainsi successivement les lacs glacés des montagnes caucasiennes puis les rivages de la mer caspienne, découverts au soleil couchant ; nous contemplâmes, au dessus des nuages qui recouvraient l’Afghanistan, la constellation d’Orion dans sa sidérale majesté ; plus tard, nous distinguâmes nettement le Gange qui ondulait dans la nuit indienne, et observâmes  finalement, tard dans la nuit, un orage qui clignotait furieusement, quelque part entre le Laos et  le Vietnam…   

Assis pendant 13 h30 dans notre capsule pressurisée qui se déplaçait à plus de 1000 km/h et à 12000 mètres d’altitude, nous avions tout lieu de méditer la phrase du Dao de Jing, extraite du chapitre 11 : « L’Humain créé des phénomènes que le vide permet d’utiliser ».

L’arrivée sur l’île se fait de bon matin à l’aéroport international de Taoyuan ; nous sommes  accueillis par nos  correspondants sur place, Nicolas et Fabien, deux français installés à Taipei pour étudier les arts martiaux traditionnels (Ba Gua Zhang et Xin yi quan), par amour de la culture chinoise classique et pour vivre l’aventure asiatique. D’aucun diront que la beauté des taïwanaises,  souvent fortes accortes, joue un rôle dans cet attachement à leur pays d’adoption ; mais il ne s’agit que d’une hypothèse…

La rencontre avec le  Lao She (Professeur), se fait le matin du deuxième jour, sur les terrasses du National Theater. Il s’agit de Luo de Xiu, spécialiste du Bagua Zhang du style Gao Yi-sheng, sixième génération dans la lignée de Dong Hai-chuan, fondateur du Bagua Zhang. Luo de Xiu pratique également le Xinyiquan du Hebei, ainsi que le Tai Ji Quan style Chen Pan Ling.

Habituellement, il réserve le Qi Gong pour sa pratique personnelle mais, personnalité ouverte aux échanges et généreux dans la diffusion de son savoir, il a accédé sans problème à notre demande de venir pratiquer Qi Gong avec lui. Pour l’en remercier, et parce que dans toutes les cultures les présents offerts par les visiteurs sont positivement accueillis, nous arrivons avec quelques produit du païs : fromage de Salers pour les uns, bouteille de Viré-Clessé, livres sur Toulouse, bonbons à la violette, etc … pour les autres ; et, au nom de tous, un superbe tee-shirt rouge –couleur généralement prisée des chinois - portant le logo de notre association. Gastronomie et haute couture : la french touch venait de frapper à Formosa « la Belle Ile ».

Ces préambules étant écoulés, nous commençons les cours qui s’organiseront en 6 ateliers de 3 heures chacun, soit un total de 18 heures d’enseignement, à raison de un ou deux ateliers par jour. Les échanges oraux entre le Lao She et nous se fait de deux façons : soit traduits du chinois au français par Nicolas ou Fabien, auxquels s’adjoint régulièrement Michel, citoyen suisse également installé à Taipei pour étudier le Ba Gua Zhang –tous trois sinophones, soit directement en anglais puisque Luo de Xiu pratique couramment cette langue ; la possibilité d’avoir une conversation directe, sans intermédiaire, fut-elle en anglais, se révélera un grand avantage dans l’établissement des relations entre l’enseignant et le groupe. 

Dès le début, le Lao She retrace rapidement l’histoire du Qi Gong et situe en 5 points ce qui, à travers la multitude des méthodes connues,  constitue les bases d’une approche sérieuse, douce et efficace : 1) Zi Ben Hushi Hua : les exercices de base de la respiration  2) An Mo Gong : les automassages 3) Fang Song Gong : les exercices de relaxation 4) Qi Zhong- Zhan Zhuang : concentration et postures statiques 5) Zuo Mai : Faire circuler et ressentir le Qi.

Il s’en suit une courte série de 5 mouvements doux destinés à « ouvrir les portes », c’est-à-dire favoriser la circulation du Qi dans des endroits du corps ou elle a généralement tendance à se restreindre, sinon se bloquer : on retrouve les traditionnelles « passes », telles qu’elles peuvent être symbolisées dans les cartes taoïstes représentant le corps humain (par exemple, dans le Neijing Tu « Carte de la vision intérieure du corps », dans la version du Baiyun Guan « Temple des nuages blancs » à Beijing), et que connaissent bien ceux qui tentent de réaliser Xiao Zhou Tian « la petite circulation céleste », ou qui simplement sont à l’écoute du ressenti accompagnant la pratique : on citera pour mémoire Mingmen (4DM), entre les reins, ou encore Dazhui (14DM), entre C7 et D1.

Les terrasses du National Theater sont un endroit prestigieux, superbe : on ne pourrait rêver mieux pour pratiquer Qi Gong en centre ville. Encadrant, avec le National concert Hall (son frère jumeau, à quelques détails d’architecture près), le Liberty square et le majestueux Chiang Kai-shek  Memorial, une immense place centrale (Democracy Boulevard) le National Theater est une merveille d’architecture monumentale chinoise classique : l’équilibre entre la part céleste (à travers la charpente) et la part tellurique (le corps du bâtiment),  reliées entre elles part de longues séries de colonnes encadrant le bâtiment, transmute ce qui aurait pu n’être que simplement gigantesque en autre chose d’harmonieusement grand, ou de  grandement harmonieux. On pense au 11ème hexagramme du Yi Jing (la tranquillité) : « Le ciel et la terre réagissant mutuellement forment la tranquillité ». Car effectivement, le lieu est paisible… et inspire la tranquillité.

C’est dans ce décor, avec vue sur l’élégante porte du Liberty Square (blancheur éclatante des 5 arches, surmontés d’une charpente à étages de tuiles bleues) au pied de ces fameuses colonnes d’un diamètre de 1 mètre et d’une hauteur de 10,  d’une  couleur qui oscille entre  pourpre,  grenat et  magenta que Luo de Xiu nous fait découvrir sa version du Wu Qin Xi : instants privilégiés qu’il convient d’apprécier, ce que nous faisons en pleine conscience. Les cœurs sont en paix, le Yi est fixé, la pratique est fructueuse pour tous. Comme le dit l’adage: « Ceux qui se dressent comme l’ours et se déploient comme l’oiseau ne recherchent que la longévité ».

Lorsque nous élaborions ce projet de voyage d’étude à Taiwan, l’une des idées directrices qui nous inspirait était le thème de l’échange entre individus de culture différente autour d’une pratique corporelle comme médium –en l’occurrence le Qi Gong- ; ce thème se révéla très porteur, aussi bien lors des séances d’enseignement avec le Lao She que lors d’échanges informels avec des pratiquants locaux, croisés au hasard de nos promenades dans les parcs de la ville : nous parlons tous le même langage du centre de gravité, de l’axe vertical naturel, de l’enracinement, et nous partageons la même recherche de la libre circulation du souffle.

Visiblement, les arts énergétiques chinois sont en adéquation avec au moins l’une dimension de la nature humaine : celui ou celle qui, de par sa personnalité et sa sensibilité, désirera aller à leur rencontre, et pourvu qu’ils soient correctement enseignés, trouvera toujours matière à œuvrer  pour son épanouissement et sa prospérité. Notez que ceci n’est pas un message du bureau de propagande, mais simplement l’expression de l’expérience partagée, non prosélyte.

Le temps libre entre les cours nous laissent tout loisir pour découvrir Taipei, aussi bien dans sa dimension culturelle : les Musées – avec une mention spéciale pour le Musée National du Palais-, les temples, le mémorial CKS, la fameuse tour Taipei 101, etc… - que populaire : stands de massage dans la rue, « good fortune tellers » en habit traditionnels, bains d’eaux chaudes de Beitou –souvenir de l’occupation japonaise, marché de nuit de Shilin –ambiance garantie !, échoppes ou l’on déguste la délicieuse nourriture locale ; à ce propos, les amateurs de tofu étaient à la fête : on ne pensait pas qu’il y en eut une telle variété !

L’accueil des taipesiens est toujours sympathique et courtois, ouverts aux échanges malgré la barrière de la langue. Chaque journée sur place est vécue intensément et lorsqu’arrive la fin du séjour, nous avons tous la sensation d’avoir entièrement vécu l’aventure qui s’offrait à nous. Quelques heures avant le départ pour l’aéroport, la dernière séance avec le Lao She est l’occasion, après avoir révisé une nouvelle fois le Wu Qin Xi, de remettre le certificat de stage à chacun des participants : émotion sur  les terrasses du National Theater

C’est le temps du retour ; une sentence bouddhiste t’chan nous revient en mémoire : « Au début, les rivières sont des rivières et les montagnes sont des montagnes. Puis au milieu (du chemin), les rivières ne sont plus des rivières  et les montagnes ne ressemblent plus à des montagnes. À la fin, les rivières  sont redevenues des rivières et les montagnes sont de nouveau montagnes ». Taiwan 2009 : une année complète de préparation, 10 jours de découvertes intenses, des souvenirs pour la vie… et une première expérience très positive qui nous à permis, in situ, d’envisager avec nos interlocuteurs locaux, l’organisation de Taïwan 2011.

Retrouvez les photos du voyage dans la rubrique « Photos et vidéos » du site.